OTTO DIX

          

 

1891 : Otto Dix naît en Allemagne.

1914-1918 : Après des études artistiques, Otto Dix s’engage dans l’armée allemande. Depuis le front, il dessine la guerre sur ses carnets la qualifiant de “retour à l’animalité”.

1920-1924 : Otto Dix consacre une série d’œuvres à la Première Guerre mondiale. Avec ce témoignage, il raconte son expérience de soldat et la sauvagerie du conflit. Il critique la guerre, ne ménage pas les anciens combattants et cherche à se sortir ces images d’horreur de la tête.

1933 : Hitler arrive au pouvoir en Allemagne et les œuvres d’Otto Dix sont qualifiées d’« art dégénéré » et en partie détruites. En 1937, ses œuvres sont retirées des musées allemands.

1944-1945 : Otto Dix retrouve le champ de bataille et sera fait prisonnier par les Français.

1969 : Otto Dix meurt, c’est un artiste reconnu pour son talent et son témoignage fort contre la guerre.

 Présentation de l'auteur

Otto Dix est un peintre allemand du XXe. Il est né en 1891 à Untermbaus et est mort en 1969 à Singuen.

 Dix s’est engagé en 1914 dans une compagnie de mitrailleurs. « Il fallait que je vive ça. Je le voulais… il faut que je vois tout de mes propres yeux… ».  Il a combattu pour l’Allemagne lors de la 1ere Guerre Mondiale en France et en Russie. Il reste très marqué par la  guerre. Peindre lui sert de thérapie. Il souhaite montrer toute l'horreur de la guerre à travers ses oeuvres. Il réalise environ 600 dessins, gouaches, aquarelles qui sont comme des notes, prises sur le vif ou à l’occasion d’un souvenir qui ressurgit,  A cela s’ajoutent des œuvres mûrement travaillées : des toiles comme La tranchée, une série de 50 eaux fortes intitulées Der Krieg (la guerre), d’autres toiles représentant le monde dérisoire des mutilés : les Mutilés de la guerre, Mutilés jouant aux cartes, le Marchand d’allumettes, Pragerstrasse...

Le courant artistique : l’expressionnisme

L’artiste expressionniste livre sa vision de la réalité. Il laisse libre cours à son inspiration et exprime ses sentiments. Son travail interpelle, interroge ou choque. Ce mouvement est né en Allemagne au début du XX°siècle. C’est une peinture agressive qui n’hésite pas à critiquer la société comme le fait Otto Dix avec “Les joueurs de skat”.

Die Skatspieler/Kartenspielende Kriegskrüpple

(Les Joueurs de skat/Invalides de guerre jouant au skat) par Otto Dix, 1920

110×87 cm. Collages.http://cochardp.unblog.fr/files/2011/01/diximage.jpg

 

                  Description de l'oeuvre

- Les personnages

Trois  personnages sont assis autour d’une table, jouant au skat, un jeu de cartes allemand. Les trois hommes ont fait la guerre, et en gardent de nombreuses séquelles, telles que des membres en moins remplacés par des prothèses en bois. Ces visages portant de lourdes séquelles ont un nom: "Les gueules cassées".

Gueules cassées anonymes de 14/18

Deux d’entre eux ont de fausses machoires en métal (dont l'une porte l'inscription "Prothese Marke: Dix, ce qui peut signifier qu'Otto Dix s'identifie au personnage), l’un n’a plus d’oeil et son visage est déformé du fait qu’il lui manque un bout de chair.

Le personnage de droite porte le croix de fer allemande sur son vêtement. C'est une décoration qui récompense la bravoure des soldats. On peut donc supposer qu'il n'est pas antimilitariste mais plutôt fier d'avori combattu.

Le personnage vu de face n’a plus de peau autour du cou, tandis que son voisin possède un tube sortant de sous son oreille manquante, sorte d’appareil auditif.

On perçoit nettement des décorations (femme nue ?) sur le crâne scalpé du soldat. Le tout devant les journaux Allemands faisant référence au conflit. 

 

- Les couleurs

La pièce est plutôt sombre. Sur le sol, le marron va en se dégradant et finit par se confondre dans le noir. Les cartes à l’inverse sont blanches, très claires. Les couleurs assez claires des personnages les mettent en valeur. Cette technique est celle du clair obscur déjà utilisé par Caravage ou La Tour par exemple...

Paradoxe, la scène est éclairée par la mort, présente dans la lampe... 

- L'impression générale

La scène est très en désordre, des membres tels que des bras ou des jambes sont dans tous les sens, comme si les personnages étaient désarticulés. Il n'y a pas de valides dans le tableau. Nos anciens combattants semblent coupés du monde.

- Les détails:

Le sexe du joueur de droite est apparent (perte de dignité ?)

Un joueur à deux cartes identiques (on peut être mutilé et garder sa personnalité).

Importance de l'oeuvre

Ce tableau nous montre les horreurs de la guerre. En effet, les personnages sont tous blessés, ils ont des prothèses à la place des machoires, des jambes etc … Pourtant, ils sourient. La guerre retire toute humanité aux combattants. Ces hommes sont coupés du monde.  Ils sont exclus de la société car ils font peur.

D'autres oeuvres traitant du sujet

 http://4.bp.blogspot.com/_L0eYHN01rC0/TAXh43f9EpI/AAAAAAAAASo/ObwE7mkHP1A/s320/dix_lichtsignale.jpg

Otto Dix, Lichtsignale (Signaux lumineux), 1917, gouache sur papier, 40,8 x 39,4 cm, Städtische Galerie, Albstadt.

Le peintre s’attache ici à représenter la déshumanisation des corps et la bestialité de la mort : « La guerre, c’est le retour à l’animalité : la faim, les poux, la boue, ce bruit infernal… En regardant les tableaux d’autrefois, j’ai eu l’impression qu’on avait oublié un aspect de la réalité : la laideur », indiquait Dix. Il insiste tout particulièrement sur les visages et sur les mains des morts qui révèlent au mieux, l’expression de la souffrance des corps devant la mort.

Les corps sont méconnaissables, la perspective est plongeante. Elle implique donc le spectateur.

 http://www.histoire-image.org/photo/portfolio/del4_dix_002i.jpg

Danse des morts.Otto DIX

Le visage et la main du "Cadavre dans les barbelés " sont mutilés par des blessures d’acide noires, aux bords rongés, aussi grandes que le poing.

http://www.histoire-image.org/photo/fullscreen/del4_dix_001z.jpg

Cadavre dans les barbelés.Otto DIX

Dix peut  reconstituer les étapes de la destruction, suggérées par les degrés de mutilation des corps, en gravant de plus en plus profondément dans la matière organique du vernis comme en témoignent Cadavre dans les barbelés et Morts devant la position de Tahure.

 http://www.histoire-image.org/photo/portfolio/del4_dix_003i.jpg

Des morts devant la position de Tahure.
Otto DIX

 

Peinture de la rue de Prague dédiée à mes contemporains

Cette toile est une dénonciation de la guerre dont on voit ici les séquelles sur deux mutilés, un mendiant et un bourgeois, et un regard sur l’Allemagne des années 20.

L’image du mutilé, privé à jamais d’une vie normale, souvent horriblement défiguré, était alors utilisée par les revues pacifistes qui publiaient régulièrement des photos insoutenables de visages ou de corps ayant perdu presque toute apparence humaine.

Dans un style proche de la caricature, Dix reprend le même argument contre la guerre mais là aussi le dépasse. En même temps, il renvoie aux Allemands le reflet de leur époque. Une époque d’après-guerre où, dans les vitrines de la rue la plus animée de Dresde, se mêlent accessoires de modes de prothèses ; sur les trottoirs, les mutilés mendient ou vont fièrement sur leur chariot de fortune alors que le monde des biens portants, au dessus d’eux, les ignore. Une époque où l’extrême droite menace avec son refus de la démocratie et son anti-sémitisme étalés dans les tracts qui précèdent les élections de juin 1920.